L’Etat marocain serait-il un mauvais payeur ? A en juger par ce que disent les opérateurs privés du Royaume, il semblerait que oui. Dans un article publié ce lundi 3 novembre dans l’Economiste, on peut lire ceci :
« Pour contourner la loi sur les délais de paiement, l’administration fait de l’excès de zèle. Selon des opérateurs, les comptables publics pinaillent sur des documents pour prolonger indéfiniment les délais de paiement. Du coup, le montant de l’ardoise publique envers ces entreprises s’élève à plusieurs milliards de DH. »
D’après l’Economiste, opérateurs publics comme privés seraient logés à la même enseigne, l’Etat marocain faisant montre d’une mauvaise volonté exemplaire lorsqu’il s’agit de mettre la main à la poche. « Dans le secteur privé, la situation n’est pas meilleure [que dans le public] » souligne ainsi l’auteur de l’article, M. Hassan El Arif.
Veolia et les sociétés du bâtiments à Marrakech
Ce n’est certainement pas Veolia qui dira le contraire. L’entreprise française a récemment décidé de renoncer à la gestion de l’assainissement des déchets de Rabat en raison « du non-règlement de ses honoraires de la part des autorités de la ville ». Bien entendu, selon la version officielle, le départ de l’entreprise française de la capitale n’a été que la résultante d’un processus de « désengagement » stratégique décidé par le management de la compagnie. Il se pourrait bien néanmoins que l’incapacité des autorités rbaties à s’acquitter du règlement de leur dû ait précipité le départ – peut-être déjà programmé – de la multinationale.
Deuxième exemple qui ajoute à la réputation de mauvais payeur de l’Etat chérifien : la restauration des murs de Marrakech. Les trois sociétés qui en ont la charge ont en effet décidé de suspendre leurs travaux pendant plusieurs semaines parce que les autorités de la cité ocre refusaient de payer leurs factures. Pire encore, elles ont même été jusqu’à avancer leur propres deniers pour poursuivre la réalisation des travaux, probablement bercées par l’illusion d’un paiement proche. Il aura néanmoins fallu qu’elle décide toutes trois d’arrêter leurs travaux pour que les autorités marrakchies réagissent et ne se décident enfin de passer à la caisse.
Si l’Etat ne respecte pas la loi, qui va le faire ?
Même s’ils peuvent paraitre anecdotiques, ces deux exemples révèlent un paradoxe bien étrange : celui d’un Etat marocain qui d’un côté, fait preuve d’une proactivité exemplaire en promulguant une loi fixant les modalités des délais de paiement; et qui de l’autre, démontre un zèle non-moins exemplaire lorsqu’il s’agit d’être le premier à ne pas en respecter l’application. Faut-il rappeler que cette loi est essentielle car en plus de viser à l’amélioration du climat des affaires national, elle a pour objectif de donner confiance aux investisseurs étrangers en leur prouvant que l’économie marocaine est soumise à un cadre juridique solide. Or, si l’Etat ne le respecte pas, comment s’attendre à ce que les autres le fassent ?